Maisons fissurées : la sécheresse, première catastrophe naturelle de France
Cet été, la canicule ne fait pas que nourrir les incendies : elle fissure silencieusement les maisons. Portée par la sécheresse des sols argileux, la fissuration est devenue la première catastrophe naturelle de France — et menace une maison sur deux.

Photo : Patrick Hendry (Unsplash) · CC0
- La sécheresse (retrait-gonflement des argiles) est devenue en 2026 la première catastrophe naturelle de France, devant les inondations.
- 61,5 % des maisons individuelles — plus de 12 millions de logements — reposent sur un sol argileux sensible ; sinistre moyen d'environ 24 000 €.
- L'assurance ne rembourse que si la commune est reconnue en catastrophe naturelle (souvent refusé), avec une franchise de 1 520 €.
On associe la canicule aux feux de forêt et aux nuits étouffantes. Mais elle provoque un autre sinistre, plus discret et pourtant colossal : la fissuration des maisons. En asséchant les sols argileux sur lesquels reposent des millions de logements, la sécheresse est devenue, en 2026, le premier poste d'indemnisation du régime des catastrophes naturelles en France — devant les inondations. Un basculement historique, largement passé sous les radars.
Une maison sur deux exposée
Le phénomène porte un nom technique : le retrait-gonflement des argiles (RGA). Il concerne les terrains argileux, qui couvrent une large part du territoire. Selon les estimations, 61,5 % des maisons individuelles françaises — soit plus de 12 millions de logements — sont bâties sur un sol sensible à ce risque. Le Sud-Ouest, le Bassin parisien, le Centre et une bonne partie de la moitié nord sont particulièrement exposés : c'est près d'une maison sur deux qui est potentiellement concernée.
Le mécanisme : l'argile qui respire
L'argile se comporte comme une éponge. En période de sécheresse prolongée, elle perd son eau, se tasse et se rétracte ; quand les pluies reviennent, souvent d'un coup après la canicule, elle réabsorbe l'eau et gonfle — parfois de plusieurs centimètres. Ce sont ces mouvements du sol, répétés et inégaux d'un point à l'autre des fondations, qui font travailler les murs et ouvrent des fissures. Le coupable n'est donc pas la chaleur seule, mais l'alternance sécheresse-réhydratation, que le dérèglement climatique rend plus fréquente et plus brutale. Les maisons anciennes, aux fondations peu profondes, y sont les plus vulnérables.
Une facture qui explose
Le coût, lui, grimpe en flèche. La Caisse centrale de réassurance estime le sinistre RGA moyen à environ 24 000 euros — soit près du double d'un sinistre inondation. Additionnées, ces réparations pèsent désormais plus lourd que n'importe quel autre aléa dans les comptes de l'assurance catastrophe naturelle. Et la tendance ne fait que s'aggraver, au rythme d'étés secs de plus en plus nombreux.
Assurance : le parcours de la reconnaissance
Bonne nouvelle : la plupart des contrats multirisque habitation couvrent ce risque. Mauvaise nouvelle : l'indemnisation n'est possible que si la commune est reconnue en état de catastrophe naturelle par arrêté interministériel. Or ce sésame est loin d'être automatique : dans certains départements, près de 60 % des demandes de reconnaissance sont rejetées. S'ajoute une franchise légale de 1 520 euros spécifique à la sécheresse — quatre fois plus élevée que les 380 euros des autres catastrophes naturelles.
Que faire si votre maison se fissure ?
Aux premiers signes — fissures en escalier sur les façades, portes qui coincent, carrelages qui se décollent —, quelques réflexes s'imposent : photographier et dater les dégâts, surveiller leur évolution, et se rapprocher de sa mairie, qui centralise les demandes communales de reconnaissance. Il faut ensuite déclarer le sinistre à son assureur, en principe dans les dix jours suivant la publication de l'arrêté. En prévention, on évite de planter de grands arbres trop près des murs et l'on veille au bon écoulement des eaux de pluie autour des fondations.
Pour savoir si votre commune est exposée au retrait-gonflement des argiles, consultez sa fiche sécheresse-argiles sur vigirisque, construite à partir des données officielles Géorisques.
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