Comment les satellites de la NASA repèrent les feux depuis l'espace
Les points chauds qui apparaissent sur nos cartes viennent de l'orbite, à plus de 800 kilomètres d'altitude. Voici comment des satellites détectent un incendie quelques heures seulement après son départ — et ce qu'ils ne voient pas.

Photo : NASA ISS · Domaine public
- L'instrument VIIRS, à bord des satellites NOAA-20 et Suomi-NPP, repère les anomalies de chaleur avec une résolution de 375 mètres.
- Les détections sont diffusées gratuitement par le système FIRMS de la NASA, souvent 2 à 3 heures après le passage du satellite.
- Le satellite mesure la chaleur, pas la surface brûlée : nuages et petits feux peuvent lui échapper.
Sur la carte live de vigirisque, chaque point rouge correspond à une mesure faite depuis l'espace. Derrière cette apparente simplicité se cache une chaîne technologique impressionnante, entièrement ouverte et gratuite, qui permet de suivre les incendies à l'échelle de la planète — de la Sibérie à l'Australie en passant par la Gironde.
Des yeux infrarouges en orbite
Au cœur du dispositif : l'instrument VIIRS (Visible Infrared Imaging Radiometer Suite), embarqué sur les satellites NOAA-20 et Suomi-NPP. En orbite polaire à environ 830 km d'altitude, ils balaient toute la surface du globe plusieurs fois par jour. VIIRS mesure le rayonnement infrarouge : là où le sol est anormalement chaud, il signale un « point chaud » avec une résolution d'environ 375 mètres. Un feu naissant, pour peu qu'il dégage assez d'énergie, devient ainsi visible depuis l'espace, de jour comme de nuit.
Du satellite à la carte en quelques heures
Ces détections sont mises à disposition par le système FIRMS (Fire Information for Resource Management System) de la NASA en quasi-temps réel, souvent deux à trois heures après le passage du satellite. Chaque point est accompagné d'une puissance radiative de feu (FRP, en mégawatts), qui donne une idée de l'intensité du foyer : plus elle est élevée, plus le feu dégage d'énergie. C'est cette donnée que vigirisque agrège, en regroupant les points proches, pour dessiner ses zones de foyers actifs.
Un système parmi d'autres
La NASA n'est pas seule : l'Europe exploite ses propres satellites Sentinel dans le cadre du programme Copernicus, dont le système EFFIS cartographie les surfaces brûlées. Les instruments MODIS, plus anciens, complètent encore la couverture. En combinant ces sources, on obtient plusieurs passages par jour au-dessus d'un même point — un maillage précieux quand un feu évolue vite.
À quoi sert la puissance radiative
La puissance radiative (FRP) n'est pas qu'un chiffre décoratif. En estimant l'énergie dégagée, elle aide à hiérarchiser les foyers — un feu à 500 mégawatts n'appelle pas la même réponse qu'un point à 10 — et à suivre l'intensification ou l'essoufflement d'un incendie d'un passage satellite à l'autre. Accumulées sur des années, ces mesures alimentent aussi la recherche sur le climat et l'estimation des émissions de CO2 des incendies, devenues un poste majeur du bilan carbone de certaines régions du globe.
Des limites à connaître
Aussi puissante soit-elle, la méthode a ses angles morts. Un satellite ne « voit » pas à travers une épaisse couverture nuageuse ou un panache de fumée dense ; il passe à heure fixe, laissant des créneaux sans observation ; et les tout petits feux peuvent rester sous le seuil de détection. À l'inverse, une source de chaleur industrielle ou un torchage de gaz peuvent être signalés à tort. Surtout, le satellite repère la chaleur, pas la surface réellement brûlée — d'où la prudence à avoir avec les premières estimations, un sujet que nous détaillons dans un autre article.
Article informatif de vigirisque — données satellite et sources ouvertes citées. ← Toutes les actualités · Carte live des feux →